La semaine dernière, j’ai flanché pour une dernière fois. J’ai texté Monsieur M pendant une soirée particulièrement arrosée. J’avais le goût de fuir pour aller le rejoindre. Je n’y pouvais rien. C’était la 2e fois en autant de jours que je me retrouvais dans ce bar ultra-moche sur Saint-Denis, rempli de cégépiens tous plus saouls et gelés les uns que les autres, le genre qui dansent en agitant les bras partout et en sautillant comme des demeurés. C’est inévitable, ils finissent toujours par me bousculer et me faire renverser la moitié de mon verre de bière par terre! *soupir d’exaspération ici* Et la cerise sur le sundae : le DJ qui ne sait aucunement mixer 2 chansons ensemble. La galle, je vous dis! Je sais pas pourquoi mes amis tiennent parfois à aller y faire un tour… mais bon… fin du procès du bar poche.
Revenons à nos moutons. Je texte M et bien entendu, je n’ai pas de réponse. C’est qu’il se fait particulièrement silencieux depuis quelques semaines, ce Monsieur M. Ça arrive… des fois c’est moi qui prend ses distances et des fois, c’est lui. Je quitte le bar, bredouille, à 3h du matin.
Lundi soir, deux jours plus tard. Je suis au resto avec des amis. Mon téléphone sonne et je lis sur mon afficheur : M. Mon coeur manque un battement. Je peux compter sur les doigts de ma main le nombre de fois où M m’a appelé dans sa vie. Il n’appelle tout simplement jamais et a horreur des boîtes vocales. C’est qu’il est tout un numéro quand il veut.
On se fait les salutations usuelles, on rigole un peu, je suis nerveuse et je dis des stupidités, je mange mes syllabes et il ne comprend sûrement rien à la plupart des choses que je lui raconte. C’est toujours comme ça quand je lui parle au téléphone, j’ai l’air d’avoir 2 de quotient. Je sais pas pourquoi il me fait autant perdre mes moyens dans ces occasions-là! Bref, je me sens pathétique.
Il me parle qu’il vient tout juste de revenir de vacances. Il est allé dans le sud de la Californie – le chanceux – pour jouer au golf et se la couler douce dans un hotel 5 étoiles. Alors qu’on vante tous les deux les paysages magnifiques de la Californie, je lui demande en douce s’il y est allé avec sa gang de chums, avec qui il fait tous ses voyages de golf. Il ricane et je le sens légèrement mal à l’aise.
M : En fait, non je suis pas allé avec eux.
Moi : Ah bon?
M : Je suis allé en couple…
Moi (qui sent ses jambes fléchir) : En couple? Ah oui? Wow… tu as une blonde?
M : Eh oui… peux-tu croire à ça?
Il est important ici de préciser que le mot “blonde” a une signification particulière pour M. Ça doit faire 5 ans, au bas mot, qu’il n’a appelé une fille “blonde”. Et quand on lui demandait pourquoi il n’appelait pas “blonde” une fille qu’il fréquentait depuis un certain temps, il répondait simplement que la prochaine fille qu’il allait appelée “sa blonde” allait être la bonne. J’ai aspiré à recevoir ce titre de “blonde” pendant tellement longtemps… my God que j’étais naïve.
Moi (qui sent ses mains shaker légèrement) : Et qui est l’heureuse élue?
M (qui rigole quelques secondes avant de répondre) : …..C’est la Dentiste!
J’ouvre la bouche grande de stupéfaction, n’en croyant pas mes oreilles. Quoi? La Dentiste? La fille de 40 ans qu’il avait flushée un certain soir de décembre pour pouvoir coucher avec moi? My God! Je pars à rire fort tellement la nouvelle me prend par surprise!
Moi : Pas vrai??? Ayoye… M, je suis contente pour toi! C’est vraiment toute une surprise, mais bon, wow! hahahaha C’est cool ça, une blonde!
J’ai de la difficulté à croire que ce qu’il est en train de me dire est vrai. Je n’ai pas vu ça venir, même si je me disais régulièrement que cet appel allait venir, tôt ou tard.
Il y a une partie de moi qui est jalouse que cette fille-là ait réussi à gagner son coeur, qu’elle a su gratter pour passer au travers de sa carapace, là où moi-même avait échoué il y a 3 ans. Et en même temps, une partie de moi est foutument contente pour lui, simplement parce que j’ai beaucoup d’affection pour lui, que je veux son bonheur et que je suis sincèrement contente qu’il semble enfin l’avoir trouvé.
S’ensuit un monologue de sa part, me disant à quel point tout coulait de source avec elle, qu’il avait l’impression que les pièces du puzzle s’embriquaient les unes dans les autres, tout naturellement. J’en étais presque émue de l’entendre parler d’une fille de cette façon, lui souvent si arrogant, si abrupt et incapable de subtilité. Je l’écoutais me raconter tout ça et je n’en croyais pas mes oreilles. M a une blonde. Et la conséquence immédiate : c’est fini entre M et moi.
J’ai eu une nostalgie soudaine de ces trois années à se fréquenter, on and off, de nos hauts et de nos nombreux bas. Ça m’a frappé au visage à quel point ces dernières années ont été marquées par lui, par notre histoire divisée en petits épisodes.
Je me rappelle encore comme si c’était hier quand je l’ai rencontré pour la 1ère fois, un certain jeudi saint, dans le line-up du Gogo Lounge. Puis la soirée qui s’est ensuivie au Electric Avenue, une bouteille de vodka sur la table, et M qui me prend par la taille pour me glisser à l’oreille : “Mais où as-tu appris à danser comme ça?”
Et cette soirée-là a été le début de plusieurs mois à sortir avec sa gang d’amis et mes amies de filles. Quatre gars et quatre filles avec une chimie exceptionnelle. Des soirées inoubliables, je vous dis, à se coucher à 6h du matin et à potiner pendant des heures, entre filles, le lendemain. Des fréquentations ici et là entre les gars et les filles, M et moi étant un peu le noyau de tout ça. Encore aujourd’hui, cette période fût charnière pour mes amies et moi, à beaucoup de points de vue.
Je me rappelle aussi notre fin de couple, un dimanche soir de mai, il y a presque 3 ans jour pour jour, alors que nous étions dans un resto de la Petite Italie. C’est immanquable, à chaque fois que je passe devant ce resto, je pense à lui. Je n’y ai plus jamais remis les pieds depuis, d’ailleurs. J’y ai simplement trop perdu d’illusions.
Et là, avec cet appel en ce lundi soir, j’ai comme eu la confirmation que c’était bel et bien terminé. On dirait que je suis en train de faire le deuil d’une époque de ma vie. C’est comme la fin d’une ère.
Fini les textos en milieu de nuit pour m’inciter à le rejoindre dans un bar sur St-Laurent. Ou pour aller le rejoindre chez lui un lundi soir et écouter des télé-réalités, avant d’aller se perdre dans son lit, au son d’Interpol.
Fini les baises dans son salon, avec les rideaux grand ouverts et la vue magnifique sur le fleuve et le centre-ville de Montréal, au 9e étage de la tour à condos.
Fini les regards langoureux jetés dans ma direction de l’autre bout du bar. Son regard qui me faisait fondre parce qu’il me faisait sentir tellement femme et ô combien désirable.
Fini ses mains qui soulèvent ma jupe, en public, pour aller toucher la rondeur de mes fesses nues.
Fini son genou qui remonte le long de ma cuisse avant d’aller se presser entre mes jambes, alors que mon regard est fixé au sien et qu’un sourire coquin. Ça, c’était son signature move. Celui qui me faisait flancher.
Fini les papillons dans mon ventre alors que je le cherche des yeux dans le bar et que je le trouve enfin.
Fini les séances d’indécences aux petites heures du matin, dans les rues résidentielles qui bordent les bars de St-Laurent. Lui appuyé contre ma voiture et mon corps contre le sien, une jambe relevée.
Mais j’ai aussi fini de me sentir vide à chaque fois qu’il ne répond pas à mes messages textes ou à mes appels. Fini les déceptions. J’ai fini de piler sur mon orgueil pour aller le rejoindre n’importe où, à n’importe quelle heure, de peur qu’il ne me rappelle plus jamais si je ne réponds pas à l’appel. Parce que M, dans le fonds, ne m’aurait jamais couru après comme j’aurais voulu qu’il le fasse. Jamais. J’ai aussi fini de porter des oeillères et de ne pas regarder les gars autour de moi, parce que M était là et que je m’en contentais.
Et de ça, je ne m’en ennuierai pas. I’m moving on.