Les premières notes d’une vieille chanson de George Michael se font entendre, un bon vieux slow des années 80, comme on les aime. Presque instantanément, les couples se fusionnent et dansent tranquillment au rythme de la musique. Je les regarde, envieuse, empreinte d’une mini-nostalgie du moment, ce qui m’arrive souvent à 2h54 dans un bar.
Puis une main agrippe mon bras, je me retourne et lui sourit. C’est exactement ce que je voulais. Lui. Danser avec lui sur ce morceau.
Lui : C’est tellement un des meilleurs slow ever, dans le top 5!
Moi : Ooooh oui! Romantique cul-cul, mais ça fait la job.
Mon corps est maintenant contre le sien et délicatement, il prend mon bras et le place autour de son cou, dans une position bien précise pour qu’il puisse y enfouir son nez, sentir ma peau. Mes lèvres sont déjà collées sur son cou, c’est toujours là qu’elles se logent quand on danse ensemble. Une main plaquée dans son dos, je peux sentir ses muscles et au même moment, il rapproche mon corps encore plus près du sien. Je suis dans ma bulle et je savoure cet instant, car je suis parfaitement consciente de la rareté de la chose.
Lui, à mon oreille : Pourquoi est-ce que tu ne danses jamais avec d’autres gars?
Mon corps de raidit instantanément. Je relève la tête et sans que je m’en rende compte, mon corps n’est plus tout à fait collé contre le sien.
Moi : Euh… Parce que ça me tente pas?
Lui : À chaque fois qu’on sort, tu ne rencontres pas de gars, il y en a jamais que tu trouves beau!
Moi (sur la défensive) : C’est pas parce que je ne danse jamais avec des inconnus que j’en trouve aucun de beau!
Lui : Mais t’es tellement difficile!
Moi : Des beaux gars, il y en a à chaque fois qu’on sort, je les regarde et si je ne vais pas leur parler, c’est parce que ça me tente pas! Point à la ligne. J’ai le droit. Je sors pas nécessairement avec mes amis pour aller cruiser des inconnus, tu le sais! Je sors parce que je veux avoir du fun avec vous, voilà.
Lui : Pourquoi t’es aussi sur la défensive tout à coup?
Je me rends compte que nous avons presque arrêté de danser et qu’on a l’air d’un couple qui passe un mauvais quart d’heure. Couple que nous ne sommes pas, tiens-je à préciser. Mon non-verbal doit être très révélateur de comment je me sens en dedans, car je vois mes amis qui nous regardent avec un drôle d’air.
Moi : Parce que j’hais ça me faire poser ces questions-là… Est-ce que je suis obligée de cruiser à chaque fois qu’on sort? C’est quoi, tu penses que parce que je danse de temps en temps avec toi et pas avec d’autres, que tu es le centre de mon univers?
Lui (agacé) : Arrête, je le sais très bien que je suis pas ton centre de l’univers.
Moi (lassée) : Bon. Alors c’est quoi l’affaire, là? Pourquoi tu poses toutes ces questions-là?
Lui (mal à l’aise) : Je voulais juste savoir, Caro, je sais pas, ça m’intrigue. Tu sais ce que je pense de toi et que j’aimerais ça que tu trouves quelqu’un.
Moi : Écoute, c’est juste pas ma priorité de trouver un gars quand je sors avec vous autres. Et puis je suis pas malheureuse pour autant!
Lui : Je sais bien…
Je soupire. La chanson est terminée et les gens commencent à se diriger vers la sortie.
Moi : En tout cas… tu maîtrises l’art de briser le momentum, toi…
Lui (encore plus mal à l’aise) : Je m’excuse, je pensais pas que tu réagirais comme ça.
Je déteste ces moments étranges comme ça. Le genre de moments déstabilisants qui me virent l’estomac à l’envers et me donnent l’envie folle de prendre mes jambes à mon cou.
On se regarde tous les deux et on ne sait juste pas trop quoi ajouter. Il me regarde avec une tendresse qui me fait fondre à tout coup. J’ai juste le goût de l’embrasser, mais je me retiens. Il y a une drôle de tension entre nous, le genre de tension typique qui existe entre deux personnes qui sont attirées l’une envers l’autre et qui ignorent comment gérer la chose. Parce que cette attirance là ne devrait pas vraiment exister.
Moi (d’un ton que je veux assuré) : Bon, sur ce, je pense que je vais fuir. Bye!
Sans demander mon reste, sans même guetter sa réaction, je fuis littéralement vers le vestiaire. Je prends mon manteau et me mets dans un coin reculé pour l’enfiler. Au même moment, je le vois qui se pointe aussi au vestiaire, seul, et qui me cherche du regard. Je lui tourne alors le dos et continue d’enfiler mon manteau comme si de rien n’était. J’arrête un moment à la salle de bain pour ajuster mes cheveux et finalement, sort dehors. J’attends devant l’entrée mes amis qui sont encore à l’intérieur, car je dois aller les reconduire chez eux.
L’air froid me fait du bien et me replace les esprits. Mes amis viennent me rejoindre quelques minutes plus tard. Pas de trace de lui. On l’attend encore plusieurs bonnes minutes, toujours rien. Puis finalement, un ami lui donne un coup de fil et on apprend avec un peu de stupéfaction qu’il est déjà chez lui. Mon coeur fait un bon. Quoi? Comment? Il a réussit à sortir avant moi?
À peine quelques secondes plus tard, mon téléphone sonne. C’est lui.
Lui : Caro, t’étais où?
Moi : Dehors, devant la porte. J’attendais les gars. T’es sorti donc ben vite! Tu as dû sortir avant moi, car je t’ai jamais vu passer.
Lui : Je me suis dépêché pour te courir après, Caro. Je voulais te rattraper…
Moi (complètement bouche-bée) : ……
Lui : Je m’excuse pour tantôt.
Moi : Je pensais pas que tu allais partir après moi… Je sais pas quoi te dire. Je suis désolée, je pense que je n’aime juste pas parler de ces affaires-là. Ça me met tout croche.
Lui : C’est correct… Je peux comprendre. Là… tu fais quoi?
Moi : On marche sur Mont-Royal et je vais aller reconduire les gars. Toi? Tu dors?
Lui : Je suis dans mon lit depuis genre 10 minutes.
Moi (ricaneuse) : Donc, pas de late night Guitar Hero?
Lui : Hehe non, pas ce soir.
Moi : C’est bon.
On s’échange encore quelques phrases, on rigole, on se taquine puis finalement on se souhaite bonne nuit. Je raccroche, un sourire aux lèvres. Jamais un gars n’a couru après moi, les gars m’ont toujours laissé fuir sans jamais essayer de me rattraper. Bizarrement, je me sens flattée.
En fait, je sais très bien pourquoi je ne danse jamais avec d’autres gars, mais je n’allais certainement pas le lui dire.
Je ne danse avec personne d’autre parce que c’est avec lui que j’aime danser, ce sont ses mains que j’aime avoir sur ma taille et mes fesses, c’est son odeur que je veux sentir alors que j’enfouis mon nez dans son cou et c’est son rire que je veux entendre alors qu’on se chuchote des stupidités à l’oreille. C’est du suicide affectif, je le sais très bien. Mais la vérité vraie c’est ça. Dur de se l’avouer, mais on dirait qu’on voit plus clair après.
il y a des choses dans la vie qui dites par n’importe quel autre personne n’aurait pas cet effet alors à l’occasion même si le momentum est coupé par la phrase du moment ça en vaut peut être la peine pour la réflexion qui suit
Je trouve que ce qu’il a dit n’était pas déplacé du tout… Une question comme une autre finalement.
@ Francis : Je n’ai jamais dit que sa question était déplacée… Elle ne l’était pas. Si tu lis jusqu’à la fin, tu verras que la raison pour laquelle sa question m’a mise mal à l’aise est parce que ça m’a fait réalisé bien des affaires, ça m’a sauté dans la face et que je n’étais suis pas nécessairement prête à me l’avouer, voilà
C’est sur que je l’ai lu jusqu’a la fin, il est rare que j’arête de lire un post en plein milieu à moins que ça soit de la merde et ton texte était très bon, mais c’est ça que j’avais à ajouter que je ne trouvais pas ca réplique déplacé. Tant mieux si toi aussi tu pensais la même chose !!