En revenant du bureau mercredi soir, je suis arrêtée chez William J. Walter pour m’acheter une saucisse William Suisse pour souper (il y a beaucoup trop de mots William et de son en “isse” dans cette phrase, mais bon, passons), que j’allais accompagner d’un pain fait par la nouvelle boulangerie artisanale du quartier. Ce qui est le fun avec Hochelaga, c’est qu’il y a un nouveau commerce qui ouvre à chaque semaine ou presque! Mais mon super nouveau quartier a aussi plusieurs surprises dans son sac…
Alors que je sors du saucissier, je vois une scène dressée sur la petite place Valois et j’entends de la musique. Je regarde plus attentivement et j’aperçois les musiciens qui jouent de la flûte de pan et autres instruments bizarres… Merde, ce sont les latinos qui jouent tout le temps dans le métro! Je sais pas si ça vous dit quelque chose, mais je les appelle tout le temps les “musiciens des andes” hahahaha! Ils jouent de la musique style “Cités d’or”. Comme j’ai passé 3 ans dans le métro à tous les jours, je les croisais souvent et je pouvais même fredonner les chansons par coeur! haha En tout cas, j’étais ULTRA crampée! Ça leur arrive de sortir du métro des fois? J’avoue que l’air libre doit être plus respirable!
Bref, encore bien crampée et ne me doutant encore de rien, je retourne à ma voiture et me dirige vers la rue Ontario, direction chez moi. Mais que vois-je? La rue Ontario bloquée! Et par quoi? Par des kiosques de cochonneries! Et oui, grâce à une pancarte dressée bien en évidence, je comprends enfin que c’est la fameuse ventre trottoir des Promenades Ontario!
Mes amis Félix et Gabrielle, qui habitent à quelques rues de chez moi, m’avait averti qu’un jour, je sortirais de chez moi et que je tomberais face à face avec cette horreur. Non seulement à chaque mètre vos yeux se buttent-ils à un kiosque vendant des t-shirts avec des imprimés d’animaux ou d’autres vendant des faux objets amérindiens, mais en plus, vous avez le luxe d’admirer la crème des habitants d’Hochelaga. Oh que ouiii! En deux mois de vie dans le quartier, jamais encore je n’avais vu de concentration aussi intense de grosses madames avec des coupes de cheveux à 10$, d’enfants de 8 ans déjà gros et de monsieurs en camisole avec le corps parsemé de tattoos faits par le voisin d’à côté. Gabrielle m’avait bien averti : “Tu vas voir, c’est littéralement la plus grande quantité de monde laid que tu auras jamais vu de ta vie!” Eh bien, sans vouloir être méchante envers les gens de mon quartier, je dois avouer qu’elle avait tout à fait raison.
Donc, si ça vous tente de vous amuser en fin de semaine, de vous acheter des boucles d’oreilles cheap, des DVDs piratés, de manger 2 hot-dogs avec un liqueur pour la modique somme de 1,75$ ou encore d’écouter une chanteuse inconnue s’époumonner sur “Je veux de l’oxygène” de Diane Dufresne, eh bien vous serez servi sur Ontario, entre St-Germain et Pix-IX.
Bonjour Caroline, je découvre ton blogue par le hasard habituel des liens croisés et j’y prends un malin plaisir. J’y découvre des territoires de familiarités qui me touchent… Évidemment, comme tu as précisément l’âge de ma fille (oui, je suis un vieux croûton, mais je m’assume), les territoires que nous partageons ne sont pas les mêmes que la plupart de tes lecteurs. Je viens moi-aussi d’arriver dans Hochelaga-Maisonneuve après 25 ans dans Côte des Neiges (y’a pas de hasard…). Kam-Shing, ExoFruits, La Brûlerie, la Maison de la Culture et tout le reste ont fait partie de ma vie et sont remplacés par le Marché Maisonneuve, le In Vivo, la Coccinelle Jaune et tout le bataclan… (je vais tout de même encore chez ExoFruits une fois par semaine… on devient accro à une boutique comme celle-là).
Même si le haut Côte des Neiges m’était un petit village, le vieux gauchiste que je suis découvre dans Hochelaga-Maisonneuve des aspects fascinants de la culture urbaine de cette ville que j’aime d’amour. C’est un vrai quartier urbain, hybride avec ses jeunes couples branchés, ses familles ouvrières ici depuis des générations et la faune bigarrée des poqués de la vie. J’imagine que c’est parce que c’est un des seuls quartiers où les loyers sont raisonnables qu’il semble y vivre autant de gens que la vie a laissés pour compte.
Vendredi, j’ai arpenté la rue Ontario et j’ai eu la même réaction que toi devant l’aspect physique de tous ces gens. J’essayais tant bien que mal de me départir de mon petit snobisme de membre de l’univers de la culture… j’ai beau être un vieux gauchiste, je suis un humain aussi. J’ai réalisé que la vente de trottoir de la Place Ontario est très stratégiquement organisée autour du moment où le chèque d’aide sociale de septembre, le plus attendu, est livré… c’est un peu vicieux de la part des organisateurs. Mais ça en fait, pour des tas de gens qui, chaque fois qu’ils regardent la télé, se sentent exclus de ce monde, une vraie fête populaire que ni toi, ni moi ne pourrons jamais comprendre dans ses fondements.
J’ai réfléchi et je me suis dit que beaucoup de ces gens semblaient si inesthétiques probablement parce qu’ils avaient laissé tomber de se préoccuper de leur santé ou de leur look, en se disant «à quoi bon?»… Après tout, génétiquement, il ne devrait pas y avoir un plus haut pourcentage de gens moins ragoûtants dans les classes plus défavorisés… mais, quand on y pense, les gens qu’on voit sur la rue Crescent ou St-Laurent, ce n’est pas, en général, tant qu’ils ont des traits plus beaux… c’est qu’on leur a enseigné la confiance en leur supériorité et qu’ils passent des heures par semaine à se battre avec leur nature au gym ou chez l’esthéticienne… et ils ne s’habillent jamais dans des ventes de trottoirs ou à la Fripe-Prix… Dans un milieu urbain comme le nôtre, force est de constater que le capitalisme a fait des victimes et que l’habit finit par faire le moine.
Pendant que je me faisais ces tristes réflexions, je me suis rendu compte d’une chose au mileu de ces gens… Ils se parlaient tous entre eux, comme une grande famille… Ils n’étaient ni beaux ni «culturés», mais ils étaient étonnamment solidaires entre eux… Je n’ai jamais vu autant d’interaction, même entre gens qui ne se connaissaient pas. Ce rapport aux autres devient leur manière de lutter contre l’adversité. Et ça m’a fait tout drôle. C’est comme les gens sur ma rue qui avertissent les voisins que la donneuse de contraventions va passer, la caissière du Métro qui me tutoyait dès la deuxième visite, les voisins, pas très argentés, mais qui passent l’été à bricoler avec fierté leur terrasse… Ça m’a fait croire que nous pouvions encore changer ce monde… tout doucement… en le voulant très fort…
Continue d’écrire Caroline, il y a une petite lumière très particulière et fascinante dans tes mots.
Bonjour Marc! Merci beaucoup pour ton commentaire, ça fait toujours plaisir de connaître ses lecteurs
J’ai souris en lisant que tu retournais encore une fois par semaine au ExoFruit… car depuis mon déménagement, j’y suis régulièrement retournée moi aussi! Le petit marché coin Côte-des-neiges et Jean-Brillant me manque aussi beaucoup, j’y faisais toujours le plein de fruits et légumes vendus pour une bouchée de pain.
Tu es vraiment venu me chercher avec ton texte, car depuis 2 mois que je vis dans le quartier Hochelaga, je découvre sans cesse des petits quelques choses qui le rendent attachant. J’aime mon quartier, avec ses hauts et ses bas. En achetant mon condo, je ne pensais pas que je deviendrais si attachée, si rapidement. Dans mon texte sur la vente trottoir, je parle avec une teinte d’humour du fait que les gens sont laids, mais bien sûr, pas génétiquement parlant. Je parle de coupe Longueuil, de vêtements douteux, etc. Ces gens sont laids de façon superficielle, ils ne considèrent simplement pas l’apparence physique comme étant aussi importante que pour nous.
Tu marques un point important en disant que les gens se parlent tous, qu’ils sont comme une grande famille. La première semaine après mon déménagement, j’étais en vacances et j’ai beaucoup marché dans les rues avoisinantes. Je trouvais fascinant de découvrir une vraie vie de quartier comme je pensais que ça n’existait plus à Montréal. Les gens se côtoient, se parlent, ils ne s’évitent pas comme on sait si bien le faire sur le Plateau ou au Centre-Ville. Jamais je n’ai été aussi bien servie que chez le boucher du coin ou au petit café à côté de chez nous. Les gens vous regardent dans les yeux et vous disent bonjour, les gens ne fuient pas votre regard, au contraire ils le cherchent. C’est vraiment une particularité de Hochelaga et çe me plait vraiment beaucoup!
Ouf, c’est un peu intense pour un lundi matin! hihihi Merci encore pour ton commentaire et j’espère que tu te manifesteras à nouveau sur mon blog!
Salut! En effet, quelle concentration inimaginable de laideur, tant physique que vestimentaire! Pour ma part je crois que c’est dû à une mutation génétique: Trop de hot-dogs et de Pepsi mélangés avec des cigarettes, un peu de drogue, du country-western à la radio et de la consanguinité… et ça depuis au moins dix générations. Avec la dénatalité, il leur reste pas plus de vingt ans, faudrait que les anthropologues s’y mettent avant leur disparition.
Salut tout le monde,
Je me suis senti soulagé en lisant tous vos commentaires, ça m’a fait tellement de bien de les lire, après avoir vécu une période d’incertitude.
La semaine dernière, en zappant sur la toile, je suis tombé par hasard sur un article repris par le site de Cyberpresse :
http://www.cyberpresse.ca/article/20060304/CPPRESSE/603040457/5658/CPACTUALITES
Cet article qui a donné une très mauvaise image du quartier d’Hochelaga-Maisonneuve m’a laissé un peu perplexe étant donné que je vais obtenir bientôt mon visa de résident permanent et pour des raisons personnelles, j’ai décidé de m’installer dans ce quartier.
Après la lecture de cet article, j’avais eu des doutes et je me suis mis en quête d’un autre quartier plus favorisé.
Les commentaires de Marc et de Carodefeu que je tiens à remercier ici m’ont redonné confiance et j’ai décidé de maintenir mon choix.
Je crois qu’il faut prendre le temps de rencontrer les gens, de les accepter tels qu’ils sont avec leurs qualités et leurs défauts et de prendre conscience que nous ne sommes pas seuls, l’humanité toute entière forme un tout.