Vendredi dernier, je me suis pointée au party d’anniversaire d’un de mes amis – fashionably late, as usual – et j’y ai redécouvert le plaisir de se faire draguer par un pur inconnu dont on a tout simplement rien à foutre. Non mais, quand on est en couple, parfois la drague nous manque, on se dit qu’on aimerait bien un regard langoureux provenant d’un séduisant inconnu ou une petite phrase plaisante. Mais quand on est de retour sur le marché, il y a toujours une âme charitable pour vous péter votre bulle et vous rappeler à quel point la drague à 2 cennes, ça vous manquait pas du tout!
Je suis en train de boire et de m’amuser avec mes amis quand quelques nouvelles personnes se joignent à nous. Ce sont des collègues du fêté et ils sont noirs. (Je le précise non pas parce que je suis raciste ou quoi que ce soit, rien de là, mais c’est pertinent que je le dise car je crois que leur culture est totalement différente de la nôtre en terme de drague.) On me présente à eux et je les salue bien gentilment. Je vois leur regard me balayer de haut en bas. Faut dire que je suis mignonne ce soir-là, je porte ma mini-jupe noire Emily the Strange et un top de la même couleur. Simple mais efficace.
Quelques minutes plus tard, alors que je transige tranquillement de la cuisine vers le salon, un des nouveaux arrivants - pour les besoins de la cause, appelons-le Dick - m’aborde. Ah non, on va l’appeler Darryl – Just let your soul glooooooowwww!!!- , c’est encore plus drôle! Alors reprenons. Darryl se présente (on s’est présentés il y a 2 minutes le grand, tu t’en souviens pas?) et commence à me poser des questions. Ses yeux arrivent à la hauteur de mon menton (lire ici : il est très petit) et il me parle très proche du visage. Je me colle le dos contre le mur pour l’éloigner le plus possible, mais il se rapproche. Bbbbrrrrr pas capable! Je te connais pas, t’es un inconnu, dégage de ma bulle! Déjà un turn off. Et le gars a comme une attitude mielleuse, il parle vraiment pour cruiser, son corps est penché vers moi, il est en position de drague, prêt à l’attaque! Même son ton de voix est doux et en mode “cruise”. Sérieusement, moi les gars qui sont aussi subtils qu’un coup de 2 x 4 en pleine face, je trouve qu’il n’y a rien de plus turn-off que ça. Surtout quand le gars ne me plait pas physiquement au départ. Je sais déjà où cette conversation va nous mener et le gars part à -1000. La conversation se déroule exactement comme ça :
Darryl : Alors, quelles personnes connais-tu dans le party?
Moi : Bah, pas mal tout le monde. Je connais le fêté et la plupart des amis qui sont ici ce soir.
Darryl : Ah oui? Et que fais-tu dans la vie?
Moi : Je suis Project Manager pour une PME de Laval. Et toi?
Darryl : Je travaille avec le fêté. Je fais “bla bla bla bla” (insérer du babillage inintéressant ici)
Moi : Cool!
Darryl : Tu habites où?
Moi : Dans le “upper” Côte-des-neiges, mais je déménage bientôt dans Hochelaga. Toi?
Darryl : Dans NDG. Pourquoi tu déménages dans Hochelaga?!?
Moi (voyant dans son regard du mépris pour mon futur quartier) : Parce que les condos sont moins cher!
Darryl : Tu es célibataire?
Moi (prise par surprise) : Euh… oui.
Darryl : Ah oui? Tu as quel âge?
Moi : 27 ans.
Darryl : Tu as 27 ans et tu es célibataire?
Moi (piquée à vif) : Ben oui, ça se peut! J’ai pas le droit? Je suis trop vieille pour être célibataire?
Darryl (qui patine) : Non c’est pas ça, je comprends pas comment une fille belle comme toi est célibataire.
Moi (aucunement touchée par le compliment) : Merci bien, mais la beauté a aucunement rapport avec le célibat. Je connais plein de gens moches qui sont en couples et plein de gens très beaux qui sont célibataires. La beauté n’a rien à voir avec tes chances de te trouver un chum ou pas.
Darryl (qui pense avoir des chances) : Et cherches-tu un chum en ce moment?
Moi (voulant lui péter sa bulle le plus vite possible) : Pas ben ben. Je suis bien comme ça pour le moment et de toute façon, ça arrive toujours au moment où on s’y attend le moins.
Darryl : Oui c’est vrai. Et tu as des critères en particulier que tu recherches?
Moi : Des critères? Ben c’est sûr!
Darryl : Un blanc, un noir, un asiatique? Est-ce que tu as des critères du genre?
Moi (qui patine solidement) : Euh… bah…. non pas vraiment. C’est plus une question de chimie je te dirais. Si la chimie est là et qu’il y a une attirance, c’est ça l’important.
Darryl : OK. Écoute, je te regarde et je te trouve très jolie, tu me sembles une fille intelligente et tout, que dirais-tu si on échangeait nos numéros de téléphone et qu’on apprenne à mieux se connaître?
Moi (interdite) : ……….
J’ai juste le goût de rire! Turn off #2 (juste pour rappeler, le Turn off #1 était la position flirt à 2 pouces de mon visage). On se connait depuis 5 minutes et il veut déjà mon numéro? Il rêve! Je reprends mes esprits et réponds :
Moi : Euh…. ben…. écoute je me sens pas super à l’aise avec ça. Je ne te connais pas et…
Darryl (opportuniste) : Bien justement on apprendrait à mieux se connaître! On irait prendre un café, sortir, tu vois?
Moi (voulant désespérément qu’un de mes amis soit en train de s’étouffer avec ses nachos pour que je puisse acourrir à sa rescousse et me sauver de ce moment de malaise) : Ben…. je sais pas. Je pense que je serais plus à l’aise si on se revoyait dans un party, genre, et qu’on apprenait à se connaître plus de cette façon (je sais pertinement que je ne le reverrai JAMAIS dans un party). Je suis pas très confortable avec les méthodes straight forward comme ça.
Darryl (arborant un air qui veut dire “Fille, je vais t’apprendre les choses de la vie”) : Mais tu sais Caroline, dans la vie il faut être straight forward parfois. Tu dois le savoir, tu es manager, tu sais qu’il faut savoir foncer et bla bla bla bla.
Turn off #3 : un gars qui joue au père avec moi, qui me paternalise, qui me fait la morale, qui a le rôle parent versus enfant avec moi. Hors de ma vue!!!
Moi (irritée et voulant vraiment en finir) : Oui je sais tout ça, je connais ma job, merci. J’aime juste pas ça donner mon numéro de téléphone à un gars que je ne connais pas (et surtout qui ne me plait pas, mais ça je l’ai pas dit), je suis vraiment pas du genre vite en affaire.
Je vous épargne le reste, c’est juste trop pathétique, il me demande au moins 50 fois dans la soirée mon numéro, à chaque fois je lui dit non, il me tourne autour avec son petit air de mononcle cochon. Je suis juste plus capable d’en prendre. Il est petit, il est laid, il est gros et son attitude me repousse.
Finalement, il cède, il s’avoue vaincu, mais me laisse quand même son numéro que je me suis empressée d’enfoncer dans les méandres obscurs et profonds de ma sacoche.
Darryl : Vas-tu m’appeler?
Moi : Je sais pas. Ça va être une surprise!
Et vlan!
Bon ça y est j’ai la toune de Soul Glow dans la tête! Just let it shine through, baby!